Les rencontres patoisantes des Chti lissois

Depuis la Révolution française, l’État impose progressivement le français comme langue officielle du pays. Les patois aux alentours de Lille (dialectes du picard, désignés ainsi par leur locuteurs) perdent progressivement de leur vigueur au fil des générations. Après la guerre de 1914, c’est essentiellement dans la cellule familiale[1] que l’on continue parfois de transmettre des chansons, histoires ou pasquilles (scénettes) en langue régionale.

Plus récemment, sans doute dans un contexte d’amenuisement de ces transmissions familiales, des groupes patoisants ont été constitués par des habitant·e·s pour proposer des rencontres, où l’on écoute et raconte dans sa langue, dans une ambiance très conviviale, avant tout à des fins de divertissement. Y sont déclamées des histoires drôles (dont les fameuses « cafougnettes », parfois accompagnées d’une marionnette), des chansons dont on reprend le refrain en cœur, des scénettes comiques, ou plus ponctuellement, des textes plus littéraires, toujours en patois.

La rencontre présente plusieurs similitudes avec ce que l’on se représente des estaminets ouvriers du XIXe siècle :

  • l’amusement et les retrouvailles entre amis sont une fin en soi.
  • il n’existe pas de distinction entre spectateurs et interprètes, comme ce serait la cas dans les salles de spectacle : chaque participant·e est incité à présenter quelque chose, sans jugement. Les interventions sont accueillies avec bienveillance, les refrains chantés en cœur.
  • si la bière n’accompagne pas toujours les représentations, les rencontres patoisantes se terminent néanmoins autour d’un verre.

En interrogeant les participant·e·s, on s’aperçoit qu’au-delà du divertissement, l’initiative individuelle vient souvent d’une envie de transmettre des pratiques culturelles de sa propre famille (les manières de parles, des chants…). La conscience de la fragilité du patrimoine culturel local vient parfois renforcer le sens donné au projet, mais ne constitue que rarement la première motivation.

L’association « Les Ch’ti Lyssois » a été créée en 2016, lorsque le Cercle patoisant de Lys-lez-Lannois, annimé par Mme Duchatelet, a cessé ses activités. Constitué d’une cinquantaine de participant·e·s à l’origine, elle a bénéficié de la venue de membres d’autres groupes des alentours, qui avaient peu à peu arrêté de se réunir (comme les patoisants de Roubaix, ou les groupes de Wasquehal, Leers et Tourcoing), ce qui explique que les membres ne soient plus exclusivement des habitant·e·s de la ville. Au-delà de ces rencontres, l’association a organisé des cabarets (où les histoires et chansons sont mises en scène, et les interprètes costumés), et a parfois collaboré avec L’Harmonie de Lys & Lannoy[2]. Depuis la pandémie de 2020, les participant·e·s des Ch’ti Lyssois ont légèrement diminués pour atteindre aujourd’hui entre 20 et 30 personnes par rencontre.

D’autres groupes, comme les Ateliers patoisants à Wattrelos, ou le Cabaret Wallon à Tournais existent également aujourd’hui sur le même principe.

Antoine Barlet


[1]D’après différents entretiens menés auprès des locuteur·ices actuels, ou ceux menés dans les années 1980 par Christophe Boussemart dans L’Echappée Belle. 1936, les Ch’tis à l’assaut des loisirs, Publi-Nord, 1986.

[2]Harmonie de Lys & Lannoy est l’harmonie municipale de Lannoy, qui existe depuis 1820 qui est devenue depuis 2005 l’harmonie des deux communes (Lys-lez-Lannoy et Lannoy). Elle s’adresse à tous les musicien·nes des environs sachant lire une partition.

Bibliographie

LIENS POUR APPROFONDIR

Fiche d'inventaire