L’épinette du Nord

L’Épinette du Nord

L’Épinette est une cithare que l’on retrouve dans une grande partie de l’Europe. Elle est constituée d’une caisse, sur laquelle sont tendues plusieurs cordes, les unes appelées « chanterelles », que l’on joue sur une touche, et les autres en bourdon[1]. Parfois surnommée « la bûche », l’épinette est un instrument de facture relativement simple, de ce fait un instrument apprécié par le peuple. Elle est parfois fabriquée par l’instrumentiste lui-même à partir de matériaux de récupération (meubles, câbles de bicyclette…), mais on trouve aussi des instruments confectionnés par des luthiers.

Dans les années 1970, en plein « revival folk »[2], Jean-François Dutertre met en lumière l’Épinette des Vosges à partir d’un travail ethnomusicologique de terrain, où il rencontre les musicien·nes de cette région, afin de collecter le répertoire et de comprendre les modes de jeu. Il donne des stages de pratique instrumentale à Gérardmer et enregistre un disque qui contribue à faire connaître l’instrument auprès d’un public plus large.

Dans cet album, Jean-François Dutertre joue sur un instrument fabriqué à sa demande par un luthier parisien, Robert Rongier, inspiré d’un modèle à double caisse conçu par les frères Coupleux à Tourcoing. On pense alors qu’il s’agit d’une épinette des Vosges[3]. En effet, à cette époque, l’épinette du Nord n’a pas encore bénéficié du même travail de redécouverte.

C’est en 1997 que l’association TRACES publie un ouvrage inédit résultant de vingt années de recherche collective dans le département du Nord de la France, qui révèle une lutherie singulière sur le territoire. Y sont référencés les instruments des frères Coupleux, qualifiés d’« industriels » car fabriqués en série, et clairement destinés à la vente en nombre. On y associe un répertoire sur tablature (alors que la transmission traditionnelle est orale) et on vante sa facilité de jeu ainsi que son faible coût dans les publicités. Dans la région de Cambrai, on rencontre un modèle plus grand, fabriqué par M. Gernez de 1914 à 1983.

Les membres de l’association TRACES ont aussi rencontré les instrumentistes. Majoritairement des hommes de milieux modestes, ce sont rarement des musicien·nes de formation : ils jouent d’oreille. L’usage est généralement domestique (le faible volume de l’épinette s’y prête bien), et on joue des airs connus, comme de la variété (il n’est pas mentionné de mélodies spécifiques à la région). Puisque ces airs font appel au système tonal, les bourdons sont peu utilisés. À la main gauche, les cordes sont grattées avec un plectre (parfois, une baleine de corset), et un bâton aide à appuyer sur la touche toutes les chanterelles ensembles plus facilement qu’au doigt.

Jacques Leininger est originaire de l’Est de la France, et souhaitait jouer d’un instrument régional. C’est ainsi qu’il a participé aux stages de Jean-François Dutertre dans les Vosges en 1978. En emménageant dans le Nord, il poursuivit sa pratique de l’instrument jusqu’à animer lui-même plusieurs stages d’épinette dans les années 1980 à la Ferme du Nord à Zuydcoote. Il forme à cette époque un duo avec Patrice Gilbert, qui enseignera l’instrument à l’association CricCrac, et ils enregistrent une cassette audio[4].

Aujourd’hui, Pierre Laloyaux enseigne l’épinette à l’association La Piposa située à Sailly-sur-la-Lys. Pierre a d’abord joué des musiques amplifiées (punk, métal…) avant de se passionner pour la musique traditionnelle découverte dans un estaminet flamand. Il intègre ensuite la Piposa, joue principalement de la cornemuse, et découvre l’épinette au sein de l’association.

Antoine Barlet


[1] Le bourdon est une note fixe jouée en continue dans le grave, que l’on retrouve pour de nombreux instrument de musique folk (la cornemuse, la vieille à roue…).

[2] On désigne ainsi le regain d’intéret de la jeune génération post-mai 68 pour les musiques traditionnelles locales, revigoré par les débuts de la diffusion de disques.

[3] Cf. la réponse de Jean-François Dutertre à Jean-Jacques Révillion sur le blog de Christian Declerck, le 18 novembre 2016 : http://archivesdufolk59-62.blogspot.com/2016/11/mise-au-point-propos-de-lepinette.html

[4]Disponible sur le blog de Christian Declerck.

Site web de Jean-François Mazet : https://epinettesetcetera.com

Site web de Christophe Toussaint : http://epinette.free.fr/

Jacques Leininger, sur le Blog de Christian Declerck, 18/10/2024. Premières rencontres autour de l’épinette 1982. Disponible sur : https://archivesdufolk59-62.blogspot.com/2024/10/premieres-rencontres-autour-de.html

Blog de Christian Declerck, 07/07/2025. Coupleux, fabricants d’épinettes. Disponible sur : https://archivesdufolk59-62.blogspot.com/2014/06/coupleux-fabriquant-depinettes.html

Olivier Carpentier, L’aventure industrielle des frères Coupleux, Lille, Les éditions de l’inouï, 2004.

Association Trace, L’épinette du Nord, Hazebrouck, Centre Socio-éducatif d’Hazebrouck, 1997.

Bibliographie

 

Site web de Jean-François Mazet : https://epinettesetcetera.com

Site web de Christophe Toussaint : http://epinette.free.fr/

Jacques Leininger, sur le Blog de Christian Declerck, 18/10/2024. Premières rencontres autour de l’épinette 1982. Disponible sur : https://archivesdufolk59-62.blogspot.com/2024/10/premieres-rencontres-autour-de.html

Blog de Christian Declerck, 07/07/2025. Coupleux, fabricants d’épinettes. Disponible sur : https://archivesdufolk59-62.blogspot.com/2014/06/coupleux-fabriquant-depinettes.html

Olivier Carpentier, L’aventure industrielle des frères Coupleux, Lille, Les éditions de l’inouï, 2004.

Association Trace, L’épinette du Nord, Hazebrouck, Centre Socio-éducatif d’Hazebrouck, 1997.

LIENS POUR APPROFONDIR

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