À Boulogne, un catholicisme enraciné dans la communauté maritime

La vie religieuse dans la Boulonnais est historiquement très vivace. La pratique religieuse a connu de fortes variations, marquées par des pointes autour des deux conflits mondiaux, et des périodes d’affaissement entre les deux guerres et surtout depuis les années soixante du XXe siècle : à la période faste des années 1880-1910 correspond une phase critique dans les années 1970-1990.

Le lien entre la foi et le milieu marin se vérifie dans le dynamisme de la paroisse Saint-Pierre-Saint-Paul du Portel, composée de plus de 60 % de marins jusqu’en 1939. En 1923, les trois-quarts des noms de bateaux sont d’origine religieuse. On en voit les preuves au chantier naval d’Étaples, dans les noms des bateaux dont les plaques qui étaient apposées sur la coque ont été recueillies. Elles manifestent la façon dont les marins remettent leur sort aux mains du créateur (« Confiance en Dieu »« À la volonté de Dieu », « À la gloire de Dieu »), se confient à Jésus, à la Vierge (ND du carmel, ND des miracles, ND des dunes, Mater Dei), à des saints (St Jean, St Pierre, St Florent, Ste Thérèse), se réfèrent au prophète Daniel ou à des figures plus contemporaines (le pape Jean XXIII, Charles de Foucault, le père Duval).

En 1930, la pratique régulière de la population, à la veille de la guerre, est de 75 %, et 85 % des hommes, 95 % des femmes font leurs Pâques. Grâce au système de la « part-Dieu », le marin accepte aussi d’offrir une partie de son revenu pour les constructions et l’entretien de la paroisse. Certaines pratiques se perpétuent longtemps parmi les marins, comme la visite au Calvaire des marins avant la sortie en mer, ou la prière du soir à bord. La paroisse Saint-Pierre de Boulogne reste très attachée aux bénédictions de la mer, aux rites festifs, mais aussi à des initiatives apostoliques. Le maintien d’une imprégnation religieuse s’y manifeste par la fidélité à la pratique festive et aux pèlerinages, mais aussi par un attachement à la préservation du patrimoine monumental.

Boulogne est une ville de pèlerinage marial depuis des siècles. La tradition fait remonter à 633 le culte de la vierge nautonière, né d’un miracle (la venue sur la côte d’une barque contenant une statue de la vierge à l’enfant escortée de deux anges, qui aurait enjoint aux habitants de construire une église). Les premières traces du culte marial à Boulogne remontent à la fin du XIe siècle, quand Sainte Ide, mère de Godefroy de Bouillon, fait bâtir une cathédrale à sa gloire ; c’est aujourd’hui la basilique de l’Immaculée Conception. Le pèlerinage connait un essor marqué à partir du XIIe  siècle, la présence de rois Louis XIII et Louis XIV aux cérémonies mariales contribuant à la notoriété de la basilique. Après les troubles révolutionnaires, il faut attendre 1840 pour que la réouverture d’une chapelle attire à nouveau les pèlerins. Une grande procession est organisée en 1854, réitérée ensuite d’année en année. En 1885 le couronnement de la Vierge suscite une affluence considérable. La grande guerre entraîne aussi un regain de piété. 

En 1938 la Congrès marial amène la consécration de la France à Marie par les évêques ; des reproductions moulées de la statue nautonière de « Notre-Dame de Boulogne » parcourent le diocèse pour relancer la piété, puis sont envoyées dans plus de cinquante départements français. Le retour de l’une des statues occasionne à la Fête de clôture d’août 1948 la venue de plus de 300.000 personnes à Boulogne. De nos jours, une procession a lieu le deuxième dimanche après le 15 août – période choisie pour coïncider avec la fin de la grande pêche, les marins venant alors s’incliner devant Notre-Dame pour la remercier d’avoir veillé sur eux.

Sophie-Anne Leterrier

Bibliographie

 

Yves-Marie Hilaire Une Chrétiente au XIXe siècle : la vie religieuse des populations du diocèse d’Arras 1840-1914, Lille, PUL, 1977, 2 vol.

  1. Laury, La vie religieuse dans le diocèse d’Arras (1930-1962), Thèse de Doctorat, Lille, 1982.
  2. Caudron, « Lille-Flandres », Dictionnaire du monde religieux dans la France contempo-raine, Paris, Beauchesne, Centre d’histoire de la région du Nord et de l’Europe du Nord-Ouest, Lille

3, 1990.

Bruno Bethouard « La vitalité religieuse de la côte d’Opale aux XIXe-XXe siécles : bilan de recherches », Revue du Nord2001/2, n°340, pp. 381-399.

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