Les géants de nos jours sont très nombreux (la fédération des géants en dénombre environ 500 pour les Hauts-de-France avec des naissances chaque année, la Belgique en compte plus de 2000) et il en naît chaque année. Parfois, il s’agit de renaissances, d’autres fois, ce sont des créations qui peuvent même compléter une dynastie (des frères, sœurs, enfants, etc.). Si leur charge symbolique est toujours importante bien que variés dans leurs formes du fait de leurs manières de représenter une localité par la mise en avant de métiers spécifiques ou par des références à des épisodes spécifiques, les histoires et les significations sont toutefois très diverses.
On peut classer les géants en trois grandes catégories :
Tout d’abord, les personnages historiques et légendaires ou issues de la littérature, parfois inspirés de personnages ayant réellement existé, mais devenus des figures de légende. Lydéric et Phinaert sont par exemple des personnages de l’époque mérovingienne dont l’influence sur la fondation de Lille a fait des sortes de patrons protecteurs de la cité. On peut également citer les géants représentants des saints, correspondant à la spiritualité très forte au moment où ils sont apparus, à l’image de Goliath à Ath ou de Saint-Christophe à Flobecq. Des personnages historiques très connus dans la culture populaire nationale sont parfois célébrés par des géants, tel François Ier à Ardres ou bien Mahaut d’Artois, baptisée à Arras le 31 août 2025. Les quatre fils-Aymon à Méteren quant à eux, font référence à la Chanson des quatre fils Aymon ou Chanson de Renaud de Montauban issues des chansons de geste du cycle carolingien transcrit à partir du XIIIe siècle.
Chanson de Renaud de Montauban. Des géants peuvent aussi rendre hommage à des personnages emblématiques de la ville ou de la région comme Raoul de Godewarsvelde, chanteur nordiste emblématique, qui a désormais son propre géant à Lille.



Deuxièmement, les géants étant souvent vus comme des « citoyens modèles » de la ville à laquelle ils sont attachés ; une grande majorité de ces géants sont des allégories de métiers représentatifs du savoir-faire local. Sur la Côte d’Opale, les géants seront donc relatifs aux métiers de la mer, comme évidemment Batisse et Zabelle, marins de Boulogne en tenues traditionnelles, mais aussi Clément le vendeur de moules à Calais ou encore Eluise la crevettière à Equihen. Dans les mines, nombre de géants représentent des mineurs de fond comme Cafougnette à Béthune, Tintin Pourette à Liévin et Jean la Houille à Anzin. D’autres métiers comme boulanger (Gustave à Oudezeele), maraîcher (Batistin et sa famille à St Omer), pompier (Bernard à Denain) ou teinturier (Gustave à Hem) sont figurés un peu partout dans la région. Ceux qui évoquent tous les arts et métiers d’antan idéalisés permettent aux localités de valoriser ce qui a longtemps fait leur patrimoine, surtout dans une région toujours nostalgique de son passé industriel.



Enfin, même s’ils sont plus rares, il faut souligner l’existence de géants zoomorphes, parfois liés aux pratiques agraires de certaines localités ou venant d’une volonté de mettre en avant des races d’animaux spécifiques à la région. On en trouve beaucoup plus dans l’Hérault (le Poulain à Badissan, la Chèvre à Montagnac, etc.). Dans le nord, on peut signaler la présence depuis 2002 de Bugnus (son nom vient du premier nom du village de Bugnicourt), un boeuf de couleur bleue (en référence à la race de bovin Bleue du Nord), haut de 2 m 60, long de 3 mètres pesant près de 90 kg. Il est sorti lors de la fête du Bœuf (fin août) ou lors de la ducasse de St Ghislain. Citons enfin la famille de Porchy à Orchies. Dans ce cas, il semblerait que le choix de faire une famille de cochons vient de la chanson La Marche des Pourchots d’Orchies chantée lors du carnaval et entrée dans la culture populaire locale suite à la dérivation de la phrase « C’est pour ceux d’Orchies » au picard « Ch’est pour les pourchots d’Orchies » criée pour récolter des fonds suite à des incendies en 1880, développant par la suite Société municipale des Pourchots en 1897 qui renaît en 1997 et entreprend la création des géants que l’on connaît aujourd’hui.


Ces très nombreux exemples ne sont pas exhaustifs. Plusieurs centaines d’autres géants mériteraient tout autant d’être cités, pour donner un aperçu des esthétiques, traditions, des créations et de la portée symbolique des géants dans la culture populaire du nord de la France.