Après la seconde guerre mondiale, avec la démocratisation des moyens de communication, notamment audio, nombre d’artistes régionaux ont fait du répertoire musical local, majoritairement issu de la seconde moitié du XIXe siècle et la première partie du XXe, leur source principale. À tel point que certains d’entre eux ont gagné une notoriété qui dépasse celle du nord de la France et sont devenus des emblèmes du patrimoine chansonnier nordiste.

Edmond Tanière (1939 – 1991) par exemple est devenu une référence de la culture minière en composant et interprétant des dizaines de titres avec pour thème la vie des mineurs de fond. Ayant été lui-même mineur à Fouquière-les-Lens, il y a tenu un café lui permettant de se produire les week-ends. Il a vendu un million de 45 tours avec son titre « Tout in haut de ch’terril ». Ses compositions ont été la source principale des reprises dans l’album de Renaud (« Renaud cante el nord ») en 1993 ou dans l’album collectif « Les Gens du Nord » en 2018.
Les Capenoules est un groupe d’origine lilloise qui a décidé dans les années 1960 d’enregistrer des chants populaires régionaux en les adaptant au goût du jour. Il a rencontré immédiatement un succès dans les ventes de vinyles avant d’être diffusé sur les radios régionales puis nationales. Il a parrainé des figures nationales, Jean Yanne ou Yolande Moreau. Sa tête d’affiche, Raoul de Godewarsvelde (de son vrai nom Francis Delbarre) a également eu un parcours solo, qui a fait de lui un représentant éminent de la chanson régionale, notamment avec son tube « Quand la mer monte », qui lui a valu d’avoir un géant à son effigie à Lille. Les Capenoules sont aujourd’hui un pilier du répertoire carnavaleux, repris par les bandes et groupes contemporains.


Jean Jarrett a, quant à lui, développé le répertoire musical boulonnais, en lui apportant une touche de fantaisie proche du cabaret, où il s’est produit jusqu’en Suisse pendant une partie de sa carrière. Après son retour à Boulogne après la guerre, il s’est investi dans les animations populaires dans les magasins, et a rejoint la troupe de la revue de Boulogne, qu’il a coécrite à partir de 1981 avec son acolyte Robert Jordens (dit Ch’Guss). Chanteur du duo, il a écrit et interprété des dizaines de titres, enregistrés en 45 tours, symbolisant la culture marine boulonnaise et son quartier Saint-Pierre, avec par exemple « L’cave à Thuillier », « Armont at maison » ou « Dérape ed là ». Ses chansons sont reprises de nos jours dans les groupes de chants boulonnais ou dans les revues patoisantes, où il est encore un modèle.
Simon Colliez est un parolier patoisant prolifique. En 1982, il décide d’interpréter pour son compte « Louis par chi, Louis par là » qui le fait remarquer par les radios locales. En 1991, il se consacre à plein temps à la composition, l’écriture et l’interprétation de ses quelque 130 titres, traitant de la vie quotidienne et des relations de familles, qu’il joue partout dans la région, avec près de 150 dates par an. En 2022, il prend sa retraite mais reste l’un des principaux contributeurs du répertoire musical nordiste.

De nos jours, nombre des titres de ces chanteurs sont repris par des groupes professionnels comme les Marcel et son orchestre, les groupes folkloriques, dans les spectacles patoisants ; des hommages leur sont souvent rendus aussi lors des carnavals.