Pendant des siècles, les ressources maritimes ont fait vivre les habitants des ports de la côte de la mer du nord, qu’animait la pêche du maquereau, à partir de fin mars, et celle du hareng, de fin juin à fin février. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les pêches se sont faites plus lointaines (Écosse, Irlande), ont requis des bateaux plus grands et un capital plus considérable. Puis, début XXe, la pêche à vapeur a pris un développement rapide, relancé la pêche en Islande, et l’armement à la part a fait définitivement place au salariat. Vers 1910, Boulogne (50.000 habitants) était le premier port de pêche du pays, et comptait 500 bateaux, dont 100 vapeur, montés par 6000 marins.
La prospérité dura jusqu’aux années 50-60. Mais au début des années 1970, des difficultés, liées à la surexploitation des fonds, se firent sentir, malgré la modernisation des flottilles. Dans les années 1980, la pêche poursuivit son déclin et, en 1990, il ne restait qu’une vingtaine de chalutiers de pêche industrielle. Les navires de pêche fraîche débarquent désormais leur production dans des ports écossais ou danois, plusieurs marées consécutives, avant de revenir à leur port d’attache. Le poisson est rapatrié par camion au port de Boulogne-sur-Mer, où il est commercialisé. La ville demeure le premier port français en tonnage de poissons pêchés, mais depuis 2000, l’activité a encore baissé de 40% en volume et 30% en valeur. En revanche, la pêche alimente une importante industrie agro-alimentaire. Tandis que les pêcheurs ne représentent plus qu’une minorité de la population active, leur mémoire alimente largement le tourisme patrimonial, en particulier par l’évocation de la belle époque et de l’entre-deux guerres, apogée de la richesse maritime boulonnaise.
En ce qui concerne Dunkerque, la transformation de port de pêche en port industriel a été encore plus radicale. La création d’un bassin maritime a été décidée en 1958. Il devait accueillir en priorité les minéraliers chargés d’approvisionner l’usine sidérurgique d’Usinor, qui devait être implantée à Dunkerque, conformément aux directives de l’État. En effet, le pays devait compenser la perte de production sidérurgique liée à celle de la Sarre en 1956. Il était nécessaire de se tourner vers l’importation de minerais riches d’outre-mer, titrant plus de 60% de fer et dont les coûts de transport et de transformation étaient sensiblement moins élevés que ceux de la minette de Lorraine, d’une teneur de l’ordre de 30% de fer seulement. Ces éléments avaient conduit les sidérurgistes à étudier l’implantation d’une usine en zone portuaire. Le port de Dunkerque constituait un site favorable. Il offrait la possibilité de créer un bassin spécialisé susceptible de recevoir des minéraliers et des charbonniers de fort tonnage manœuvrés par des remorqueurs. Le nouveau bassin maritime, entièrement gagné sur la mer et protégé au nord par la digue du Braek fut ainsi creusé à partir de 1958 .
De 1960 à 1975, les plans de modernisation de l’État confortèrent la place de la sidérurgie, qui bouleversa le paysage portuaire. Comme à Marseille /Fos, le complexe industriel s’installa sur de vastes zones planes et très peu peuplées, à l’ouest du port ancien. La mise en service d’Usinor, en 1962, imposa une réflexion globale sur le rôle du port dans la croissance industrielle, avec le transfert sur le littoral des activités de production sidérurgiques, mais aussi celles des entreprises inclusives, au port et en périphérie (transformation, sous-traitance, filière, réexpédition). Peu à peu, la pêche, le tourisme et les chantiers navals perdirent de l’importance au profit des ports voisins, alors que Dunkerque se recentrait sur le fret et l’industrie lourde, devenant le troisième port de commerce national en termes de tonnage global. En 2007, il restait 18 bateaux de pêche artisanale à Dunkerque.
S.-A. Leterrier



Port de Boulogne en 1916 (Archives municipales de Boulogne /mer)

Boulogne, quai du bassin (Bibliothèque municipale de Boulogne)