Pendant des siècles, les ressources maritimes ont fait vivre les habitants des ports de la côte de la mer du nord, qu’animait la pêche au hareng, de fin juin à fin février, et la pêche au maquereau à partir de fin mars. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les pêches se sont faites plus lointaines (Écosse, Irlande), ont requis des bateaux plus grands et un capital plus considérable. Puis, début XXe, la pêche à vapeur a pris un développement rapide, relancé la pêche en Islande, et l’armement à la part a fait définitivement place au salariat. Vers 1910 Boulogne (50.000 habitants) était le premier port de pêche du pays, et comptait 500 bateaux, dont 100 vapeur, montés par 6000 marins[1].
Le port de Boulogne-sur-Mer avait connu un essor important, de la seconde moitié du XIXe siècle aux années 1960. Mais au début des années 1970, des difficultés, liées à la surexploitation des fonds, se sont fait sentir et ce, malgré la modernisation des flottilles de pêche (le chalut n’est employé que dans la seconde moitié du XXesiècle). La politique européenne (réduction des quotas de pêche et du nombre de flottilles, diminution des hommes d’équipage à bord des chalutiers, hausse du prix du carburant et importations de poisson en-dessous des prix imposés par la Communauté européenne) a suscité un malaise grandissant chez les pêcheurs.
C’est ce que rappelle l’un de nos interlocuteurs : … « en 1972, il y avait 70 bateaux de pêche industrielle qui déchargeaient à Boulogne. Les pêches industrielles, c’est des bateaux qui pêchaient… qui remontaient en Norvège, aux Shetlands, autour des Féroés et tout ça (…). Alors, il y avait des bateaux de Boulogne, mais aussi des bateaux de Fécamp, tout ça. Là, il nous reste 4 bateaux de pêche industrielle à Boulogne… Les quatre qui restent, ils reviennent plus ici. Ils pêchent au large de la Norvège. »
En effet, dans les années 1980, la pêche a poursuivi son déclin et, en 1990, il ne restait qu’une vingtaine de chalutiers de pêche industrielle, même si elle est encore une ressource essentielle de la ville. La flottille boulonnaise de pêche hauturière se compose aujourd’hui de 2 chalutiers congélateurs de 55 mètres, 4 chalutiers de pêche fraîche de 44 à 54 mètres. 125 marins y sont embarqués pour des marées de 50 à 60 jours, pour les congélateurs, et de 8 à 10 jours pour les chalutiers de pêche fraîche. Les navires de pêche fraîche débarquent leur production dans des ports écossais ou danois plusieurs marées consécutives avant de revenir à leur port d’attache. Le poisson est rapatrié par camion au port de Boulogne-sur-Mer où il est commercialisé.
Quoi que le volume total des prises ait été divisé par deux depuis la fin des années 1970, Boulogne-sur-Mer demeure le premier port français en tonnage de poissons pêchés (35.000 tonnes de pêche fraîche, pour 350.000 tonnes de poissons importées). Mais depuis 2000, l’activité a baissé de 40% en volume et 30% en valeur. En revanche, la pêche alimente une importante industrie agro-alimentaire. Capécure, qui procure près de 10% des emplois locaux et concentre 80% de la filière halieutique locale, abrite plus de 140 entreprises aux multiples activités : armement, écorage, mareyage-filetage, négoce, cuisson de crevettes, conserverie, plats cuisinés, saurisserie et salaison, mais également conditionnement, entrepôts frigorifiques, transports, recherche-formation. Un centre de lavage de coffres et bacs à poissons traite quotidiennement 10.000 caisses.
Ainsi, tandis que les pêcheurs ne représentent plus qu’une minorité de la population active, leur mémoire alimente largement le tourisme patrimonial, en particulier par l’évocation de la belle époque et de l’entre-deux guerres, apogée de la richesse maritime boulonnaise.
[1] Cf. Jean Bourgain, Pêches et pêcheurs boulonnais en 1908, Giard et Brière libraires-éditeurs, 1908, réédition Punch éditions, 1999.