{"id":1014,"date":"2024-10-11T17:11:13","date_gmt":"2024-10-11T15:11:13","guid":{"rendered":"https:\/\/patrimoinesinvisibles.com\/?p=1014"},"modified":"2025-03-12T14:23:35","modified_gmt":"2025-03-12T13:23:35","slug":"voyages-en-chansons-dans-la-metropole-lilloise-au-xixe-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/patrimoinesinvisibles.com\/index.php\/2024\/10\/11\/voyages-en-chansons-dans-la-metropole-lilloise-au-xixe-siecle\/","title":{"rendered":"Voyages en chansons dans la m\u00e9tropole lilloise au XIXe si\u00e8cle"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Introduction : le voyage dans les chansons en patois de Lille<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>\u00ab Voyage d\u2019affaires \u00bb, \u00ab voyage de tourisme \u00bb, \u00ab voyage organis\u00e9 \u00bb \u2026 la multiplication des expressions relatives au voyage au XIXe si\u00e8cle montre que c\u2019est alors qu\u2019il devient ce que nous appelons ainsi. Pour autant, voyager n\u2019est pas une pratique habituelle pour tous. Jusqu\u2019\u00e0 la toute fin du si\u00e8cle, en d\u00e9pit de la multiplication des moyens de transports collectifs, notamment de l\u2019extension du r\u00e9seau ferr\u00e9, l\u2019exp\u00e9rience du voyage reste \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la majorit\u00e9 des paysans et des ouvriers. Pour eux, voyager, m\u00eame \u00e0 proximit\u00e9, reste un \u00e9v\u00e9nement, voire une aventure.<\/p>\n\n\n\n<p>On le voit quand on s\u2019int\u00e9resse \u00e0 des corpus locaux, comme celui des chansons en patois de Lille. R\u00e9unies en deux importants ensembles \u00e0 la m\u00e9diath\u00e8que de Lille, ces chansons datent pour la plupart des ann\u00e9es du second Empire et des d\u00e9buts de la troisi\u00e8me R\u00e9publique. Elles sont imprim\u00e9es sur de petits formats, \u00e0 l\u2019occasion du carnaval, et sont \u00e9crites dans le cadre de soci\u00e9t\u00e9s, r\u00e9unies dans un estaminet, par des ouvriers de l\u2019industrie textile de la m\u00e9tropole, souvent illettr\u00e9s. Ce sont des textes assez longs, de sept ou huit couplets, le plus souvent avec un refrain. Elles sont toujours \u00e9crites sur des airs connus, la plupart des timbres \u00e9tant emprunt\u00e9s \u00e0 des chansonniers locaux, notamment Alexandre Desrousseaux, ou venant, \u00e0 la fin du si\u00e8cle, du r\u00e9pertoire du caf\u00e9-concert. Je citerai ci-apr\u00e8s quelques chansons du plus c\u00e9l\u00e8bre des auteurs lillois, mais je donnerai aussi la parole \u00e0 beaucoup d\u2019anonymes, ses humbles confr\u00e8res. Leurs chansons sont une formidable source de l\u2019histoire locale, de la vie quotidienne et des repr\u00e9sentations du monde des ouvriers de la m\u00e9tropole, en particulier des filtiers<sup>1<\/sup> du quartier Saint-Sauveur. Si l\u2019on y recherche ce qui a trait au voyage, on voit combien le fait de quitter son monde familier suscite de craintes, de fantasmes, dont les chansons se font l\u2019\u00e9cho. On mesure aussi l\u2019importance du service militaire dans l\u2019ouverture des horizons<sup>2<\/sup> et celle de formes de sociabilit\u00e9 sp\u00e9cifiques, notamment la pratique orph\u00e9onique.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour des raisons pratiques, je parlerai surtout ici du contenu textuel des chansons, n\u2019ayant pas eu le temps n\u00e9cessaire \u00e0 approfondir la connaissance de leurs timbres, sauf exception. J\u2019esp\u00e8re que le caract\u00e8re original de ces sources et la saveur du patois de Lille ne vous feront pas trop regretter que je ne m\u2019aventure pas \u00e0 en chanter des extraits.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>I \u2013 Les dangers du voyage<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Localisme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Statistiquement, les milliers de chansons en patois de la m\u00e9diath\u00e8que L\u00e9vy parlent tr\u00e8s peu de voyage. A c\u00f4t\u00e9 d\u2019autres th\u00e8mes &#8211; comme les rapports, difficiles ou d\u00e9licieux, des hommes et des femmes, les \u00e9v\u00e9nements et faits divers, et surtout l\u2019argent qui manque, v\u00e9ritable obsession des chansonniers &#8211; celui du voyage est certainement l\u2019un des moins illustr\u00e9s. Comme le souligne \u00e0 juste titre Laurent Marty (au sujet des ouvriers des fabriques de Roubaix) : \u00ab L\u2019identit\u00e9 qui s\u2019affirme dans la chanson est d\u2019abord une identit\u00e9 ouvri\u00e8re (\u2026) Non moins affirm\u00e9 est le caract\u00e8re roubaisien de cette identit\u00e9. Les \u00e9v\u00e9nements mis en sc\u00e8ne dans les chansons se d\u00e9roulent pratiquement tous \u00e0 Roubaix (\u2026) on trouve tr\u00e8s peu de r\u00e9cits venant d\u2019ailleurs, soit imaginaires, soit relatant des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs. \u00bb<sup>3<\/sup> Les chansonniers, m\u00eame les plus cultiv\u00e9s, ceux qui \u00e9ditent leurs oeuvres, ne se produisent que dans la m\u00e9tropole lilloise et dans les villages voisins. Ils ne cherchent pas une audience nationale, ni m\u00eame r\u00e9gionale, sauf exception.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus renomm\u00e9 d\u2019entre eux (Alexandre Desrousseaux) n\u2019a jamais voulu renoncer au patois pour \u00e9largir son audience. Tout au plus s\u2019est-il rendu \u00e0 l\u2019invitation de voisins du Pas-de-Calais, ce dont t\u00e9moigne sa chanson Mon premier voyage \u00e0 Arras (11 octobre 1857), sur l\u2019air : \u00ab Vl\u2019a c\u2019 que c\u2019est qu\u2019d\u2019aller au bois \u00bb (le choix de l\u2019air soulignant le caract\u00e8re aventur\u00e9 du voyage). Cette chanson est narrative : elle raconte qu\u2019invit\u00e9 par les gens d\u2019Arras, l\u2019auteur a pris le train pour s\u2019y rendre, y a \u00e9t\u00e9 accueilli par un commissaire qui l\u2019a reconnu, quoi qu\u2019il ne l\u2019ait jamais rencontr\u00e9 auparavant, qui l\u2019a conduit \u00e0 l\u2019h\u00f4tel du Griffon, o\u00f9 il a fait bombance. Il a eu peur de rester court quand est venu son tour de chanter, mais tout s\u2019est bien pass\u00e9, tout le monde a appr\u00e9ci\u00e9 ses chansons, bien ri, claqu\u00e9 des mains et pour finir le chanteur s\u2019est fait de bons amis.<\/p>\n\n\n\n<p>Le localisme des chansons en patois de Lille t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. L\u2019ouvrier de cette m\u00e9tropole industrieuse et mis\u00e9rable n\u2019a ni les moyens ni le temps de se d\u00e9placer hors de sa ville. Le co\u00fbt des voyages lointains est exorbitant, la pratique en est r\u00e9serv\u00e9e aux riches, comme le dit une chanson d\u2019un certain Henri Delannoy, non dat\u00e9e, qui raconte l\u2019histoire d\u2019un homme qui est devenu pauvre et a fait tous les m\u00e9tiers, et se conclue ainsi :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab J\u2019 raccommode des pindules<\/em><br><em>Et m\u00eame les parapluies<\/em><br><em>Si j\u2019 peux faire m\u2019 fortune<\/em><br><em>J\u2019irais vir du pays. \u00bb<sup>4<\/sup><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p><strong>Tribulations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aller \u00e0 quelques dizaines de kilom\u00e8tres autrement qu\u2019\u00e0 pieds est rare, et l\u2019on ne bouge que si l\u2019on y est oblig\u00e9. Au si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent d\u00e9j\u00e0, La Chanson de Gilles Dindin, ou voyage de Gilles Dindin de Saint-Omer \u00e0 Dunkerque<sup>5<\/sup> racontait l\u2019\u00e9pop\u00e9e burlesque d\u2019un habitant de Saint-Omer qui s\u2019embarquait pour aller visiter la ville de Dunkerque, un homme du peuple qui n\u2019\u00e9tait jamais sorti de chez lui et s\u2019\u00e9tonnait de tout ce qu\u2019il voyait. Beaucoup de nos chansons sont sur ce th\u00e8me, voire sur ce moule. Dans nombre de textes, les petites exp\u00e9ditions se r\u00e9sument \u00e0 des d\u00e9convenues dont on revient mal en point, souvent apr\u00e8s des beuveries. C\u2019est le cas de : Un Voyage d\u2019agr\u00e9ment<sup>6<\/sup>, chanson qui \u00e9voque les m\u00e9saventures d\u2019une bande de coqueleux renomm\u00e9e \u00e0 Ronchin, partie pour le marais de Lomme, mais victimes de ses abus de boisson. Leur charrette a eu un accident, ils sont tomb\u00e9s p\u00eale-m\u00eale, et sont finalement rentr\u00e9s chez eux \u00e0 pied, l\u2019un ayant couch\u00e9 en prison et l\u2019autre sali son pantalon. Quelques ann\u00e9es plus tard, Un Voyage \u00e0 Dunkerque<sup>7<\/sup> \u00e9voque le voyage d\u2019un Lillois, all\u00e9 accueillir le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique \u00e0 son retour de Russie, en 1898. Entre la gare et le port, le pauvre homme est tremp\u00e9 par la pluie et \u00e9cras\u00e9 par la foule, il ne trouve pas moyen de d\u00eener et n\u2019a pas de place dans le train du retour. Cela n\u2019\u00e9branle pas son ardeur patriotique, qui s\u2019exprime par les nombreux \u00ab Vive la Russie et vive la France \u00bb qui \u00e9maillent la chanson.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut une bonne raison pour voyager, une n\u00e9cessit\u00e9 pressante, et ceux qui tentent l\u2019aventure en sont souvent pour leurs frais. En 1858, Les Deux Cousins<sup>8<\/sup> est un dialogue entre un certain J\u00e9r\u00f4me et son cousin Narcisse, qui a tout vendu pour aller faire fortune \u00e0 Paris, mais s\u2019en est mordu les doigts, ayant gagn\u00e9 au plus dix \u00e9cus en cinq semaines, et failli s\u2019engager. Son interlocuteur estime d\u2019ailleurs qu\u2019il aurait bien d\u00fb devenir militaire, car il aurait eu du pain \u00e0 volont\u00e9, de quoi s\u2019habiller et peut-\u00eatre m\u00eame une d\u00e9coration. En 1878 une autre chanson traite du m\u00eame th\u00e8me, mais cette fois c\u2019est en Belgique que les Lillois sont all\u00e9s chercher fortune. L\u2019Voyage d\u2019tros carpintiers<sup>9<\/sup> raconte les d\u00e9convenues de trois charpentiers r\u00e9cemment mari\u00e9s partis travailler en Belgique en pensant pouvoir envoyer une quarantaine de francs \u00e0 leurs femmes. Leurs outils ne sont jamais arriv\u00e9s, ils ont \u00e9t\u00e9 mal pay\u00e9s (ils ont gagn\u00e9 vingt sous \u00e0 trois), et finalement maudissent leur voyage : \u00ab Y votte bien ach\u2019teure \/ Qui n\u2019a qu\u2019 dins sin m\u00e9nage \/ Qu\u2019on peut trouver l\u2019bonheur. \u00bb Les voyages lointains sont plus rarement \u00e9voqu\u00e9s, mais dans le m\u00eame esprit. Ainsi, Un Voyache au Java<sup>10<\/sup> parle du d\u00e9part de Marseille, du mal au coeur \u00e9prouv\u00e9, de la peur du d\u00e9barquement \u00e0 Batavia, de la chaleur et de l\u2019ennui sur place, pour conclure que pour voir de beaux objets venus du Japon il vaut mieux aller \u00e0 la cantine roubaisienne. En somme il vaut mieux rester chez soi : ce genre de \u00ab morale \u00bb, tr\u00e8s courante dans les chansons (qu\u2019elles parlent ou non de voyages) fait partie des conventions du genre.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>II \u2013 La lente ouverture des horizons<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Chemins de fer, \u00ab trains de plaisir \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Cette appr\u00e9hension du voyage diminue progressivement, \u00e0 mesure de l\u2019ouverture du territoire par les routes et surtout par les chemins de fer, qui rendent les d\u00e9placements plus faciles et moins on\u00e9reux. La premi\u00e8re jonction ferroviaire entre Bruxelles et Malines date de 1835. La voie est ouverte entre Lille et Paris onze ans plus tard. Plusieurs chansons font du chemin de fer un embl\u00e8me du progr\u00e8s, telle cette Chanson nouvelle<sup>11<\/sup> qui s\u2019\u00e9merveille de la vitesse du train et conclue que bient\u00f4t, avec les machines, on ira jusqu\u2019en Chine : \u00ab In partant d\u2019 Lille d\u2019un bon matin \/ On ira coucher \u00e0 P\u00e9kin. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres chansons t\u00e9moignent des nouvelles opportunit\u00e9s que le train offre aux gens ing\u00e9nieux. En 1842, dans la chanson intitul\u00e9e Voyage de Lille \u00e0 Boulogne<sup>12<\/sup>, un certain Ignace raconte qu\u2019il a voyag\u00e9 pendant six mois en plusieurs endroits, vendant des allumettes \u00e0 Pont\u00e0-Marcq, du coco \u00e0 Boulogne, et \u00ab fait sa pelote \u00bb. Il \u00e9voque un certain Pierre, qui a fait de m\u00eame et, avec l\u2019argent amass\u00e9, va pouvoir se marier et prendre un petit \u00e9tablissement. Il conseille \u00e0 son interlocuteur de suivre leur exemple, de quitter sa boutique o\u00f9 le gain est insuffisant. La chanson \u00e9voque au passage des d\u00e9couvertes faites en route, des monuments (la colonne de la Grande Arm\u00e9e \u00e0 Boulogne, la cath\u00e9drale de Tourcoing) et des personnages c\u00e9l\u00e8bres rencontr\u00e9s (Br\u00fble-Maison \u00e0 Lille), mais on voit bien que le but du voyage n\u2019a rien de touristique. On se d\u00e9place pour trouver de quoi vivre, quand cela devient n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, on trouve nombre de chansons comiques narrant les m\u00e9saventures de voyageurs, comme L\u2019Voyache de Louis Longpif13, chanson \u00e0 th\u00e8me scatologique, ou Un voyageur et son chien en chemin de fer<sup>14<\/sup>, qui raconte ainsi la triste histoire d\u2019un voyageur qui voulait aller de Tourcoing \u00e0 la ducasse d\u2019Armenti\u00e8res mais pas payer une place pour son caniche dans le train, et dont le pauvre chien, attach\u00e9 au wagon, a \u00e9t\u00e9 \u00e9cras\u00e9 par la machine. Ces chansons ne traitent du voyage que comme d\u2019un pr\u00e9texte \u00e0 d\u00e9noncer la b\u00eatise ou l\u2019avarice des personnages <em>\u00e9voqu\u00e9s. Mais toute une s\u00e9rie de chansons fait l\u2019\u00e9loge des \u00ab trains de plaisir \u00bb, qui permettent<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>aux travailleurs de voyager pour leur loisir. Une chanson de 1851<sup>15<\/sup> raconte que les trains de plaisir \u00e9tant arriv\u00e9s dans la ville, tout le monde a voulu en profiter, les uns en \u00e9pargnant sur la nourriture, les autres en quittant leur m\u00e9nage, pour se rendre \u00e0 Roubaix \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une revue militaire et d\u2019un concours musical, que d\u00e9crit la suite du texte. Une autre chanson non dat\u00e9e<sup>16<\/sup> parle de l\u2019affluence, du plaisir offert pour un prix modique (4 sous) et (d\u00e9j\u00e0 !) des resquilleurs. Le premier voyage de Lille \u00e0 Dunkerque en train de plaisir a lieu le 28 juillet 1850. Alexandre Desrousseaux en t\u00e9moigne dans Le Voyage \u00e0 Dunkerque en train de plaisir17, qui \u00e9voque ce train plein de gens ravis d\u2019aller voir la mer pour la premi\u00e8re fois de leur vie. Ils vont d\u2019abord voir la statue de Jean Bart, puis se rendent sur la plage, et sont impressionn\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Nous allons vir su\u2019 l\u2019 rivache<\/em><br><em>Cheull\u2019 mer qui fait du flafla.<\/em><br><em>Le v\u2019la ! Elle approche, ell\u2019 gronde\u2026<\/em><br><em>Mon Dieu, ch\u2019est-i fini d\u2019 nous ?<\/em><br><em>D\u2019admiration, d\u2019vant tout l\u2019 monde,<\/em><br><em>J\u2019\u00e9tos pr\u00e8s de m\u2019mette \u00e0 g\u2019noux ! \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>La frayeur pass\u00e9e, certains vont se baigner ; les costumes de bains f\u00e9minins d\u00e9plaisent \u00e0 l\u2019auteur. La promenade en bateau \u00e0 vapeur lui donne mal au coeur. Les voyageurs finissent la journ\u00e9e dans une guinguette, ils dansent et font les s\u00e9ducteurs, mais sans succ\u00e8s. Mais au total c\u2019\u00e9tait une belle journ\u00e9e dont ils garderont longtemps le souvenir, comme le dit le refrain : \u00ab Ah ! Je m\u2019 souven\u2019rai toudis de ch\u2019 biau voyage \u00e0 Dunkerque \/ Ah ! Je m\u2019 souven\u2019rai toudis de ch\u2019 voyage en train d\u2019 plaisi \u00bb . Beaucoup de chansons se pr\u00e9sentent en effet comme des archives populaires, dont les refrains gardent la m\u00e9moire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement racont\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le voyage \u00e0 Paris : d\u00e9couvertes et d\u00e9convenues<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le train de plaisir permet au Lillois d\u2019aller \u00e0 Tourcoing, \u00e0 Dunkerque, mais aussi jusqu\u2019\u00e0 Paris. La plupart des chansonniers qui en t\u00e9moignent insistent sur le bon march\u00e9 du voyage, qui permet d\u2019envisager le d\u00e9placement quand l\u2019occasion se pr\u00e9sente. En 1877, Le Chemin de fer parisien, de Victor Bloum, parle essentiellement de la cohue qui prend d\u2019assaut le train \u00e0 la foire de cette ann\u00e9e-l\u00e0, de la joie de pouvoir voyager bon march\u00e9 et sans danger, restertranquille pendant trois heures. Il faut tout de m\u00eame une bonne raison pour aller \u00e0 Paris, et le plus souvent c\u2019est l\u2019exposition universelle qui la fournit. Une chanson de Louis Longret de 1868<sup>18<\/sup> en t\u00e9moigne :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Mi comm\u2019 un aute j\u2019ai fait ch\u2019 brillant voyache<\/em><br><em>Su\u2019 l\u2019 train d\u2019 plaisi\u2019 \u00e0 un prix mod\u00e9r\u00e9<\/em><br><em>J\u2019\u00e9tos curieux d\u2019 vir ches grands personnaches<\/em><br><em>D\u2019 tous les endrots, s\u2019\u00e9tot\u2019nt bien distingu\u00e9s. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Certains chansonniers lillois imaginent des occasions plus originales d\u2019aller dans la capitale. Pendant la campagne d\u2019Orient, un chansonnier qui se pr\u00e9tend tr\u00e8s au fait des \u00e9v\u00e9nements<sup>19<\/sup> imagine ainsi que le tsar de Russie sera fait prisonnier et exhib\u00e9 au jardin des plantes pour 18 sous et conclue : <\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Tiens Isabell\u2019 ch\u2019 est point pour rire<br>Pa\u2019 l\u2019 train d\u2019 plaisi\u2019 j\u2019 vas m\u2019 d\u00e9cider<br>D\u2019 mi in aller<br>Pou\u2019 le r\u2019louquer<br>Du moins in r\u2019venant j\u2019 pourrai dire<br>J\u2019ai vu un ours apprivois\u00e9. \u00bb<sup>20<\/sup><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>On retrouve ce th\u00e8me de l\u2019empereur exhib\u00e9, cette fois au th\u00e9\u00e2tre du Petit Lazari \u00e0 Paris, dans une autre chanson intitul\u00e9e D\u00e9part pour l\u2019Orient<sup>21<\/sup>.<\/p>\n\n\n\n<p>Parlant des campagnes de l\u2019Auvergne ou de la Bretagne, Eugen Weber rappelait : \u00ab Les rares paysans qui allaient \u00e0 Paris, ne f\u00fbt-ce qu\u2019une fois dans leur vie, \u00e9taient appel\u00e9s \u00ab les Parisiens \u00bb, tout comme le p\u00e8lerin qui revient de la Mecque portera ce titre fi\u00e8rement pendant le restant de ses jours \u00bb<sup>22<\/sup>. Pour le Lillois, le voyage dans la capitale ne devient moins exceptionnel qu\u2019\u00e0 partir du second Empire, et surtout dans les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies du si\u00e8cle. Aussi ne part-il jamais sans appr\u00e9hension.<\/p>\n\n\n\n<p>Plusieurs chansons racontent les malheurs de voyageurs intr\u00e9pides ou na\u00effs, malheurs qui tiennent davantage du fantasme que de la chronique. Une Chanson nouvelle<sup>23<\/sup> de 1852 \u00e9voque la mauvaise farce faite \u00e0 l\u2019un d\u2019eux par ses compagnons de train, qui ont profit\u00e9 de son assoupissement pour lui coller une affiche sur le dos, \u00e0 laquelle d\u2019autres ont mis le feu \u00e0 sa descente de voiture, apr\u00e8s l\u2018avoir ligot\u00e9. Devant sa r\u00e9sistance, ils l\u2019ont finalement laiss\u00e9, affam\u00e9 et d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Il n\u2019a rien vu dans Paris et n\u2019y retournera jamais. Quinze ans plus tard, Le Voyage \u00e0 Paris<sup>24<\/sup> raconte les m\u00e9saventures d\u2019un autre Lillois. La nourriture qu\u2019on lui a fournie \u00e9tait peu fra\u00eeche, et au Jardin des plantes quand il a voulu boire un verre il a \u00e9t\u00e9 agress\u00e9 par un singe qui s\u2019en est pris \u00e0 ses moustaches. Il a d\u00fb aller raser le reste chez un barbier qui lui a pris 15 sous. Il retourne chez lui \u00e9coeur\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Je m\u2019 rappell\u2019 rai de ch\u2019 voyage<\/em><br><em>M\u00eame quand j\u2019 s\u2019 rai dins l\u2019 paradis<\/em><br><em>Car eul\u2019 pus biau d\u2019min visache<\/em><br><em>Etot rest\u00e9 \u00e0 Paris. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>L\u2019ann\u00e9e suivante une troisi\u00e8me chanson<sup>25<\/sup> met en sc\u00e8ne les d\u00e9convenues d\u2019un Lillois qui a \u00e9pargn\u00e9 six mois pour aller \u00e0 l\u2019exposition, mais a trouv\u00e9 les divertissements hors de prix (30 sous pour le Caf\u00e9 des Ambassadeurs), n\u2019a pu trouver le repos, s\u2019est ruin\u00e9, et a d\u00fb vendre des oranges pour pouvoir finalement, rentrer chez lui. Il est aussi courant de s\u2019\u00e9merveiller de la grandeur de Paris que de redouter l\u2019exp\u00e9dition et de finir par l\u2019\u00e9loge du pays natal. Alexandre Desrousseaux n\u2019y manque pas. Dans Le voyage \u00e0 Paris en train de plaisir<sup>26<\/sup>, il \u00e9crit :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab On m\u2019avot tant vant\u00e9 l\u2019mervelle<\/em><br><em>D\u2019cheull\u2019 vill\u2019 qu\u2019on appell\u2019 Paris<\/em><br><em>Qu\u2019pindant pus d\u2019quinze ans dins m\u2019cervelle<\/em><br><em>L\u2019id\u00e9\u2019 de l\u2019vir trottot toudis. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le h\u00e9ros de sa chanson prend donc le train de plaisir \u00ab Pour savoir si vraimint, Paris \/Ch\u2019est comme on l\u2019dit, un Paradis \u00bb. Le jour venu, il s\u2019endimanche, arrive \u00e0 la station tr\u00e8s en avance, monte dans un train tr\u00e8s plein, dont les voyageurs chantent des chansons joyeuses. Mais il s\u2019endort pendant le trajet et ses compagnons lui font une farce (ils lui noircissent le visage). A l\u2019arriv\u00e9e, il suscite des moqueries, les prend mal et menace les rieurs, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un boutiquier lui explique le tour dont il a \u00e9t\u00e9 victime. Il va se promener, manque se faire \u00e9craser, mange et boit trop et s\u2019enfuit pour ne pas avoir \u00e0 payer cinq francs :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Allons-nous-in r\u2019vir Saint-Sauveur<\/em><br><em>L\u00e0, n\u2019y-a pus d\u2019 brav\u2019 s gins que d\u2019voleurs<\/em><br><em>Infin, mes gins, me v\u2019la rev\u2019nu,<\/em><br><em>Sans doup\u2019s dins m\u2019 poche, et j\u2019 n\u2019ai rien vu<\/em><br><em>De ch\u2019 Paris qui n\u2019 me r\u2019verras pus. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Plusieurs autres chansons montrent que, parmi les inconv\u00e9nients du voyage, il y a celui de laisser sa femme seule, ce dont elle profite pour faire des b\u00eatises, vendre le mobilier et d\u00e9camper avec le fruit de la vente (L\u2019 voyage d\u2019 Petit-Pierre, de D\u00e9sir\u00e9 Fleurquin ; L\u2019Voyage \u00e0 Paris, de Jean Derose ; Un voyage d\u2019agr\u00e9mint, de Victor Laga). Comme la peur de \u00ab l\u2019ailleurs \u00bb et l\u2019\u00e9loge de \u00ab l\u2019ici \u00bb, ces propos misogynes font partie des lieux communs des chansons.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les chansons sur le th\u00e8me du voyage \u00e0 Paris ne sont pas aussi malheureuses. Mais prendre le train pour la capitale est toujours v\u00e9cu comme une rupture avec le quotidien, un \u00e9v\u00e9nement, l\u2019occasion de d\u00e9couvertes \u00e0 la fois historiques et architecturales. Les chansons \u00e9voquent volontiers les principaux monuments qui font la r\u00e9putation des villes. Dans une Chanson nouvelle<sup>27<\/sup>non dat\u00e9e, le narrateur dit qu\u2019il lui faudrait toute une journ\u00e9e pour dire toutes les belles choses qu\u2019il a vues \u00e0 Paris. A son arriv\u00e9e, il a couru aux Tuileries (\u00ab d\u2019vant l\u2019incienne mason \/ D\u2019tous les Bourbons \u00bb), puis sur la place de la Bastille o\u00f9 il a admir\u00e9 la Colonne de Juillet :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Mais qu\u2019 ch\u2019 est bien fait !<\/em><br><em>La gloire des victimes<\/em><br><em>Grav\u00e9 en lett\u2019s tout\u2019 dor\u00e9es<\/em><br><em>D\u2019 tous les c\u00f4t\u00e9s \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Il s\u2019est ensuite rendu place de la Concorde admirer l\u2019ob\u00e9lisque :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Unn\u2019 pierre tali\u00e9<\/em><br><em>Des quatre c\u00f4t\u00e9s<\/em><br><em>Ch\u00e9 l\u2019 pu biau d\u2019l\u2019Europe<\/em><br><em>Mes gins ch\u2019est unn\u2019 pyramite<\/em><br><em>Qui vient d\u2019Egype. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme on le voit \u00e0 ces extraits, la d\u00e9couverte est guid\u00e9e par le patriotisme. Le \u00ab patrimoine \u00bb que d\u00e9couvre le voyageur est plus politique que culturel. Le Lillois cherche \u00e0 Paris de grands souvenirs, les traces des r\u00e9volutions et de la grandeur nationale.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>III \u2013 Exils et campagnes lointaines<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p><strong>La petite patrie ch\u00e8re au coeur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce citadin effarouch\u00e9 de sortir de chez lui qui parle dans les chansons en patois de Lille est en effet un patriote ardent, mais qui r\u00e9pugne \u00e0 quitter sa petite patrie. Dans Les Emigrants<sup>28<\/sup>, l\u2019auteur, Th\u00e9odore Cordonnier, explique que maintenant les gens prennent le bateau pour l\u2019Am\u00e9rique, croyant faire fortune, mais qu\u2019ils se font des id\u00e9es. Il faut \u00eatre fou pour s\u2019exiler, devenir boh\u00e9mien, trimer comme un gal\u00e9rien, et risquer de p\u00e9rir en mer.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Je l\u2019 dis d\u2019 bon coeur, j\u2019abandonn\u2019rai point Lille<\/em><br><em>Un patriote drot<\/em><br><em>Rester dins n\u2019indrot<\/em><br><em>Malgr\u00e9 qu\u2019on dit qu\u2019i fait riche dins les \u00eeles<\/em><br><em>L\u2019or et l\u2019diamant<\/em><br><em>Cha n\u2019 s\u2019ra point pour les \u00e9migrants. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, le Lillois n\u2019a pas beaucoup plus d\u2019enthousiasme pour les d\u00e9placements lointains que peut occasionner le service militaire. Il craint plut\u00f4t de tirer un mauvais num\u00e9ro et de devoir abandonner son environnement familier. Comme le rappelle Odile Roynette, depuis l\u2019Ancien R\u00e9gime, la r\u00e9pulsion pour le service militaire \u00ab ne r\u00e9sulte pas seulement de la crainte de trouver la mort sur le champ de bataille, mais de l\u2019extr\u00eame appr\u00e9hension cr\u00e9\u00e9e par le d\u00e9racinement et la perte brutale de tous les rep\u00e8res anciens \u00bb<sup>29<\/sup>. Ce d\u00e9go\u00fbt pour un service qui arrache les gens de m\u00e9tier \u00e0 leur communaut\u00e9 d\u2019origine est tr\u00e8s sensible dans les chansons, dont plusieurs t\u00e9moignent des malheurs du soldat. Ainsi, dans Le Petit chez lesZoulous<sup>30<\/sup>, l\u2019auteur, un Fran\u00e7ais expuls\u00e9 en Angleterre, s\u2019engage contre les Zoulous, mais il attrape la jaunisse, puis la fi\u00e8vre typho\u00efde, et finalement il est fait prisonnier lors d\u2019une reconnaissance. Pourtant, le d\u00e9part \u00e0 l\u2019arm\u00e9e peut am\u00e9liorer l\u2019ordinaire des ouvriers<sup>31<\/sup>, comme l\u2019illustre le cas d\u2019Alexandre Desrousseaux lui-m\u00eame. A vingt ans (en 1840), le chansonnier (alors d\u00e9butant) a tir\u00e9 un mauvais num\u00e9ro et \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 au 46e de ligne, en garnison \u00e0 Caen. Musicien-gagiste-clarinettiste, il dirige l\u2019orchestre pendant les bals d\u2019officiers et donne des le\u00e7ons de solf\u00e8ge, qui lui rapportent jusqu\u2019\u00e0 dix francs par mois. A son retour \u00e0 Lille, en 1847, il conna\u00eet des jours difficiles et songe \u00e0 gagner Paris, quand ses succ\u00e8s de chansonnier lui permettent finalement de rester dans sa ville natale.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Prestige et avantages des voyages lointains<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Dans ce monde culturel \u00e9troitement local, on entend ici ou l\u00e0 l\u2019\u00e9cho des \u00e9v\u00e9nements ext\u00e9rieurs, nationaux ou internationaux (\u2026) comme des bruits lointains, \u00e9touff\u00e9s \u00bb<sup>32<\/sup>. Pourtant la \u00ab grande patrie \u00bb n\u2019est pas absente des chansons, loin de l\u00e0. La plupart comprennent un couplet d\u2019exaltation patriotique, et l\u2019\u00e9loge de l\u2019arm\u00e9e et de ses victoires est r\u00e9current. Le patriotisme de l\u2019ouvrier lillois est ind\u00e9niable. Il s\u2019alimente en partie au souvenir du si\u00e8ge de 1792 et des victoires de l\u2019Empire, bien souvent rappel\u00e9s dans les chansons. Il s\u2019exprime de fa\u00e7on na\u00efve et caricaturale, que ce soit \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Arabes, des Chinois, des Russes ou des Autrichiens. La plupart des chansons \u00ab militaires \u00bb commentent l\u2019actualit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019artifice de lettres envoy\u00e9es par des conscrits \u00e0 leur amoureuse rest\u00e9e au pays, ou \u00e0 leur m\u00e8re, femmes aussi ardentes patriotes et aussi belliqueuses qu\u2019eux. Lors de la campagne de Crim\u00e9e, en particulier, certains chansonniers se promettent de devancer l\u2019appel pour aller dire son fait au fameux Nicolas, tandis que d\u2019autres font contre mauvaise fortune bon coeur :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Nous f\u2019rons vir \u00e0 ch\u00e8s vilains merles<\/em><br><em>Qu\u2019 puisque l\u2019 sort nous a fait soldats<\/em><br><em>Ch\u2019 est point pour infiler des perles<\/em><br><em>Ni s\u2019pavaner sur des dadas. \u00bb<sup>33<\/sup><\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Desrousseaux consacre aussi l\u2019une de ses chansons \u00e0 ces \u00ab Conscrits de l\u2019an 56 \u00bb, sur l\u2019air de la Retraite<sup>34<\/sup>. Elle consiste surtout en rappel des faits h\u00e9ro\u00efques anciens et promesses de nouveaux d\u00e9boires pour les Russes :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Conscrits du Nord,<\/em><br><em>Puisque l\u2019 sort nous invite<\/em><br><em>A quitter vite<\/em><br><em>Nos ateliers pour dev\u2019nir des guerriers<\/em><br><em>In d\u2019zous d\u2019nos limeros<\/em><br><em>(Nous n\u2019in s\u2019rons qu\u2019pu farauts)<\/em><br><em>Faijons marquer ches mots :<\/em><br><em>Nous sommes conscrits<\/em><br><em>Et des Russiens l\u2019enn\u2019mis. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans certains cas cependant l\u2019engagement fournit au conscrit ou au rempla\u00e7ant une occasion de voyager, et le d\u00e9sir de voir du pays peut \u00eatre un stimulant. C\u2019est ainsi que dans Campagne d\u2019Italie<sup>35<\/sup>, l\u2019auteur d\u00e9clare :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab \u2026Ch\u2019\u00e9tot min d\u00e9sir<\/em><br><em>D\u2019 voloir voyager ;<\/em><br><em>Quand j\u2019ai tir\u00e9 au sort<\/em><br><em>J\u2019 prins un bas lum\u00e9ro<\/em><br><em>P\u2019eu d\u2019l\u00e0 j\u2019 queusi min corps (bis)<\/em><br><em>Pou partir aussit\u00f4t. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Dans la suite de la chanson, il \u00e9voque les beaux monuments d\u00e9couverts dans les villes de garnison, puis \u00e0 Toulon l\u2019embarquement pour Alger, o\u00f9 il visite les ruines antiques, avant de marcher \u00e0 la gloire en Italie et de rentrer au pays.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans Un Lillois de retour du Tonkin<sup>36<\/sup>, l\u2019auteur \u00e9voque la bravoure et les victoires des Fran\u00e7ais sur les Pavillons-noirs, mais dit regretter surtout la nourriture, le linge, les cigares et le vin. Il se vante d\u2019avoir rapport\u00e9 un pavillon noir pour troph\u00e9e et conclue :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Pour finir pour mi ch\u2019 t\u2019 eun\u2019 gloire<\/em><br><em>J\u2019avos jamais voyag\u00e9. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>D\u2019autres chansons plus tardives \u00e9voquent plut\u00f4t la monotonie de l\u2019ordinaire des soldats revenus au pays apr\u00e8s leurs aventures exotiques. Dans une chanson manuscrite dat\u00e9e de190637, \u00e9crite pour une soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9nomm\u00e9e la Chechia, qui regroupe des anciens de divers corps d\u2019Afrique, l\u2019auteur d\u00e9clare ironiquement :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Quand in r\u2019vien din sin patelin<\/em><br><em>Pour nous y a pu rien d\u2019 nouviau<\/em><br><em>Car un a vu tan\u2019 d\u2019 machin<\/em><br><em>Par l\u00e0 ave les n\u00e9grots<\/em><br><em>On peut leu\u2019 faire concurrence<\/em><br><em>Dans les foir\u2019 et les ducasses<\/em><br><em>On s\u2019charg\u00e9 d\u2019 la danse du vent\u2019<\/em><br><em>Et n\u2019 pr\u00e9sint\u00e9 l\u2019homm\u2019 sauvage \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>IV \u2013 La musique qui fait voyager : orph\u00e9ons et concours <\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Il existe une autre occasion de voyager qui ne suscite, elle, que des commentaires enthousiastes : c\u2019est celle qu\u2019offrent l\u2019appartenance \u00e0 des orph\u00e9ons, la participation aux festivals et surtout aux concours. Comme l\u2019\u00e9crit justement Philippe Gumplowicz, \u00ab Les orph\u00e9onistes sont parmi les premiers hommes du peuple qui peuvent s\u2019en aller respirer d\u2019autres odeurs, voir d\u2019autres visages. \u00bb<sup>38<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est particuli\u00e8rement vrai dans la r\u00e9gion du Nord et du Pas-de-Calais, une des plus actives sur le plan musical. Des 85.000 ouvriers des mines du Bassin du Nord, les mineurs musiciens sont les seuls, en un temps o\u00f9 la journ\u00e9e de travail est de douze heures et o\u00f9 le cong\u00e9 pay\u00e9 n\u2019existe pas, \u00e0 pouvoir rompre avec le rythme immuable de la fosse et le ghetto du coron. \u00ab La musique, c\u2019est aussi le moyen de d\u00e9couvrir un autre monde. Car, en dehors de la p\u00e9riode du service militaire, l\u2019homme de 1900 ne quitte gu\u00e8re les murs de son village. Or la soci\u00e9t\u00e9 lui offre ses premiers, et souvent m\u00eame ses seuls loisirs : les sorties dans les communes de la r\u00e9gion, les banquets et surtout les festivals et les grands voyages. C\u2019est ainsi que plupart des mineurs ayant d\u00e9couvert la mer \u00e0 la fin du si\u00e8cle dernier \u00e9taient les mineurs musiciens. \u00bb<sup>39<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Delaporte, le grand organisateur du mouvement orph\u00e9onique apr\u00e8s la mort de Wilhem, le fondateur, organise le premier concours musical \u00e0 Troyes en 1849. Dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, la plupart des soci\u00e9t\u00e9s orph\u00e9oniques se font un point d\u2019honneur de participer \u00e0 ces concours, dont les prix leur valent une vraie renomm\u00e9e locale, et qui sont aussi des d\u00e9placements de loisir tr\u00e8s attendus des soci\u00e9taires. Ainsi, de 1897 \u00e0 1912 l\u2019Harmonie d\u2019Auxerre part en voyage \u00e0 Troyes, Dijon, Pantin, Honfleur, Mantes, Chablis, Toulon, Versailles, la Rochelle : \u00ab Un concours ou un festival \u00e0 disputer, mais surtout, le plaisir de s\u2019en aller pour deux, trois jours. \u00bb<sup>40<\/sup> C\u2019est aussi le cas de la c\u00e9l\u00e8bre soci\u00e9t\u00e9 des orph\u00e9onistes lillois, les Crick-Mouils.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les Cricks-Mouil\u2019s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont au d\u00e9part dix-sept comp\u00e8res, sapeurs-pompiers de Lille, passionn\u00e9s par le jeu de la bombe (d\u2019o\u00f9 leur vient leur nom) et le chant choral, qui forment la petite soci\u00e9t\u00e9 des \u00ab Francsbuveurs, rigolos de l\u2019amiti\u00e9 \u00bb<sup>41<\/sup>. Ils se r\u00e9unissent trois fois par semaine \u00e0 l\u2019Arche de No\u00e9, terrasse Sainte-Catherine, et chantent \u00e0 la cantonade des airs traditionnels. En 1838, ils vont \u00e0 un concours orph\u00e9onique en Belgique et en reviennent transport\u00e9s, se mettent \u00e0 d\u00e9chiffrer des choeurs \u00e0 plusieurs voix, suscitant une grande \u00e9mulation. En 1848, la soci\u00e9t\u00e9 quitte le corps des sapeurs-pompiers, et s\u2019ouvre \u00e0 des chanteurs amateurs ; son directeur, Ferdinand Lavaine, professeur \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie de musique de Lille, en fait une formation d\u2019\u00e9lite. Ils participent au premier concours orph\u00e9onique de France, en 1851, \u00e0 Troyes, et l\u2019emportent notamment sur les Enfants de Paris, soci\u00e9t\u00e9 patronn\u00e9e par Adolphe Adam en personne, ce qui leur vaut une v\u00e9ritable gloire.<\/p>\n\n\n\n<p>Gr\u00e2ce \u00e0 la monographie consacr\u00e9e aux Crick-Mouils par Andr\u00e9 Gaudefroy<sup>42<\/sup>, on peut faire le compte des concours auxquels ils participent ensuite : Arras en 1853, Orl\u00e9ans en 1855, Gand en 1856, Clermont-Ferrand en 1857, Anvers en 1858, Saint-Omer en 1859, Clermont-Ferrand \u00e0 nouveau en 1863, Paris en 1867, Douai en 1869, Blois en 1870, Le Havre en 1873, Rouen en 1875, Paris en 1870. On voit \u00e0 cette liste que les concours ne sont pas tr\u00e8s fr\u00e9quents (moins d\u2019un par an en moyenne), qu\u2019ils ont surtout lieu dans la r\u00e9gion, soit en France, soit en Belgique, \u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s : Orl\u00e9ans, Blois, Clermont-Ferrand et Paris, o\u00f9 les Crick-Mouils ne se rendent qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion des expositions universelles. Le temps des soci\u00e9taires est tr\u00e8s largement consacr\u00e9 au travail, aux c\u00e9l\u00e9brations et aux manifestations de bienfaisance locales. Mais les victoires aux concours sont pour beaucoup dans leur notori\u00e9t\u00e9, comme en attestent les trois chansons \u00ab orph\u00e9oniques \u00bb d\u2019Alexandre Desrousseaux, dont deux  sont des r\u00e9cits du fameux concours de Troyes. <\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019garchon Girotte au concours de Troyes est une chanson d\u2019actualit\u00e943, dat\u00e9e du 1er juin 1851. Elle se pr\u00e9sente sous la forme d\u2019un dialogue entre le gar\u00e7on Girotte, qui n\u2019y conna\u00eet rien enmusique44 et craint que l\u2019exp\u00e9dition se passe mal, et les Criks-Mouils, qui partent pour ce \u00ab long voyage \u00bb le coeur joyeux et pleins d\u2019espoir, en lui r\u00e9pondant :<\/em><\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Un vrai Lillos dot, co\u00fbt\u2019 que co\u00fbte<\/em><br><em>Courir uch\u2019 que l\u2019apell\u2019 l\u2019honneur\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le gar\u00e7on Girotte, piqu\u00e9 au vif, d\u00e9cide de les accompagner. Il n\u2019est pas bien aise d\u2019arriver, quand il voit tous les concurrents parisiens et belges des Lillois, et doit avec eux passer la nuit au petit s\u00e9minaire, o\u00f9 ils sont d\u00e9vor\u00e9s par les puces. Les oiseaux de la halle au bl\u00e9, o\u00f9 se d\u00e9roule le concours, font concurrence aux chanteurs parisiens, mais se taisent quand arrive le tour des Lillois, qui remportent la victoire.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Infin, au r\u2019tour de ch\u2019 grand voyache<\/em><br><em>In r\u2019veyant l\u2019 cloquer d\u2019 Saint-Sauveur<\/em><br><em>Chacun d\u2019ch\u00e9s Crick-Mouls, fin b\u00e9nache<\/em><br><em>A sintu palpiter sin coeur\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re chanson s\u2019inscrit pleinement dans la tradition des chansons de voyage, \u00e9galement par son refrain : \u00ab Ah, de ch\u2019 voyache on parlera \/ Aussi longtemps que l\u2019mond\u2019 dur\u2019a (bis) \u00bb. La deuxi\u00e8me chanson, Les Criks-Mouls, sur l\u2019air d\u2019une ronde allemande ou d\u2019une chanson \u00e0 boire (\u00ab Vrai Momusien, j\u2019\u00e9parpille ma vie \u00bb)45, est un portrait de groupe, une autre occasion de faire l\u2019\u00e9loge des Lillois, toujours compar\u00e9s aux Parisiens :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Quand vous sarez tout au long leu-z-histoire<\/em><br><em>Vous conviendrez que ch\u2019 n\u2019est point des nicdouls ;<\/em><br><em>Vous direz m\u2019s amis : \u00ab Les gins d\u2019Paris n\u2019 vodront point croire,<\/em><br><em>Qu\u2019on trouv\u2019 dins ch\u2019 pays si frod,<\/em><br><em>Des gins si d\u00e9gourdis. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Les couplets successifs \u00e9voquent l\u2019intronisation des soci\u00e9taires, tous de bons gar\u00e7ons, la Sainte-C\u00e9cile, et les concours (couplet 5) :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Chaque fos qu\u2019on monte un grand combat d\u2019 musique<\/em><br><em>Les v\u2019la partis brav\u2019mint canter des choeurs.Et chacun l\u2019sait, lon de r\u2019chevoir leu\u2019 trique,<\/em><br><em>Douze fos sur treisse i\u2019 sont rev\u2019nus vainqueurs. \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Le chansonnier reconna\u00eet qu\u2019ils ont perdu en Belgique, mais pr\u00e9cise qu\u2019ils ont gard\u00e9 courage et en ont fait une chanson. Il \u00e9voque pour finir le portrait r\u00e9alis\u00e9 par Louis Delemer (graveur, prix de Rome), autre preuve de la \u00ab gloire \u00bb des Crick-Mouils.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me texte s\u2019intitule La Rentr\u00e9e d\u2019un concours46 ; c\u2019est une pasquille, donc un po\u00e8me narratif sans musique, qui \u00e9voque une musique revenant d\u2019un concours, accueillie avec enthousiasme par ses compatriotes. Les musiciens sont fiers et heureux,<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Mais l\u2019un d\u2019euss\u2019, pour tout dir\u2019 vraimint<\/em><br><em>N\u2019intind point du tout ch\u2019 complimint,<\/em><br><em>Car, in honn\u00eat\u2019 p\u00e8r\u2019 de famille<\/em><br><em>I tient dins ses bras s\u2019petit\u2019 fille,<\/em><br><em>Et l\u2019bajote avec tant d\u2019ardeur<\/em><br><em>Qu\u2019on jur\u2019rot l\u00e0, parole d\u2019honneur,<\/em><br><em>Qu\u2019il arrive du fin fond d\u2019Afrique<\/em><br><em>Ou d\u2019 l\u2019Am\u00e9rique,<\/em><br><em>Et qu\u2019i n\u2019 l\u2019a point vu\u2019 d\u2019puis six mos<\/em><br><em>Eun\u2019 petit\u2019 fos\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Une autre petite fille, au contraire, tremble parce qu\u2019elle doit remettre un bouquet \u00e0 un orateur :<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p><em>\u00ab Pauvre infant ! autant qu\u2019un conscrit<\/em><br><em>Qui vient d\u2019 quitter ses p\u00e8res et m\u00e8res<\/em><br><em>Et parte pour l\u2019arm\u00e9\u2019 d\u2019 la guerre<\/em><br><em>Elle a l\u2019air tout triste\u2026 Elle a peur\u2026 \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<p>Comme on le voit \u00e0 ces extraits, le voyage ne se limite pas au d\u00e9placement spatial : il est le nom de ce qui arrache au familier, l\u2019\u00e9preuve, le d\u00e9passement de soi. Le voyage de l\u2019orph\u00e9oniste ne diff\u00e8re pas essentiellement de l\u2019\u00e9pop\u00e9e lointaine du militaire aux yeux du chansonnier lillois.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Conclusion<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p>Ce petit parcours dans le corpus des chansons en patois de Lille montre que le voyage reste, jusqu\u2019\u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, une aventure pour l\u2019homme du peuple qui le tente. Il faut faire la part des conventions du genre : les chansons expriment l\u2019amour de la petite patrie et l\u2019appr\u00e9hension de l\u2019inconnu, se font le v\u00e9hicule de valeurs conservatrices (\u00ab O\u00f9 est-on mieux qu\u2019au sein de sa famille ? \u00bb). Mais on y trouve cependant nombre d\u2019indices de l\u2019\u00e9largissement progressif des horizons physiques et mentaux de l\u2019ouvrier de la m\u00e9tropole lilloise, que permettent les innovations techniques (les trains de plaisir) et les mutations sociales (le mouvement orph\u00e9onique). Ces modestes archives du peuple, encore si peu explor\u00e9es, ont bien des choses \u00e0 nous apprendre.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>1. Le filtier est celui qui fabrique le fil \u00e0 coudre.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>2. Importance d\u00e9j\u00e0 soulign\u00e9e par Eugen Weber, <em>La Fin des terroirs, la modernisation de la France rurale 1870-1914<\/em>, Paris, Fayard, 1983.<\/p>\n\n\n\n<p>3. Marty, <em>Chanter pour survivre, Culture ouvri\u00e8re, travail et technique dans le textile, Roubaix 1850-1914<\/em>, F\u00e9d\u00e9ration L\u00e9o Lagrange, Imprimerie art\u00e9sienne, Li\u00e9vin, 1982, p. 176.<\/p>\n\n\n\n<p>4. <em>Chanson nouvelle<\/em> en patois de Lille, de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis r\u00e9unis de la Libert\u00e9, par Henri Delannoy. Voir en fin d\u2019article la r\u00e9f\u00e9rence pr\u00e9cise des chansons.<\/p>\n\n\n\n<p>5. Chanson anonyme ancienne, ant\u00e9rieure \u00e0 1762.<\/p>\n\n\n\n<p>6. <em>Un Voyage d\u2019agr\u00e9ment<\/em>, par les Coqueleux de Ronchin, de la Soci\u00e9t\u00e9 des Sans-piti\u00e9, sur l\u2019air du \u00ab Petit Quinquin \u00bb (d\u2019A. Desrousseaux), sign\u00e9 C\u00e9sar Latulupe, 1891.<\/p>\n\n\n\n<p>7. <em>Un Voyage \u00e0 Dunkerque<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 des Rouges-nez, sur l\u2019air de : \u00ab Tout mince \u00bb ou \u00ab Je le conserve pour ma femme \u00bb, sign\u00e9e H. Fournier, 1898.<\/p>\n\n\n\n<p>8. <em>Les Deux Cousins<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 des Bons-Enfants, sur l\u2019air : \u00ab De moi ne soyez pas surpris si j\u2019am\u00e8ne ici ma ma\u00eetresse \u00bb, anonyme, 1858.<\/p>\n\n\n\n<p>9. <em>L\u2019Voyage d\u2019tros carpintiers<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 du Cheval d\u2019osier, sign\u00e9e Th\u00e9odore Cordonnier, sur l\u2019air du verglas, 1878.<\/p>\n\n\n\n<p>10. <em>Un Voyache au Java<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis r\u00e9unis chez Jean Pieu, sur l\u2019air des Pochards de la Glaci\u00e8re, sign\u00e9e Achille Broutin.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>11. <em>Chanson nouvelle<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 du Grenadier lillois, non dat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>12. <em>Voyage de Lille \u00e0 Boulogne<\/em>, par un marchand d\u2019allumettes chimiques, de la Soci\u00e9t\u00e9 du Grand Saint-Esprit, sur l\u2019air : \u00ab Veux-tu venir Catherine avec tes wigeaines \u00bb, anonyme, 1842.<\/p>\n\n\n\n<p>13. <em>L\u2019Voyache de Louis Longpif<\/em>, manuscrit anonyme, musique not\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>14. <em>Un voyageur et son chien en chemin de fer<\/em>, chant\u00e9e par les Bons-Vivants de B\u00e2le en Suisse, sur l\u2019air de \u00ab La Com\u00e9die gratis \u00bb (de A. Desrousseaux), sign\u00e9e Jean-Baptiste de la Barre, 1864.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>15. <em>Chanson nouvelle<\/em>, des Amis r\u00e9unis \u00e0 Saint-Mathias, sur l\u2019air de la polka, par un soci\u00e9taire, 1851.<\/p>\n\n\n\n<p>16. <em>Chanson nouvelle<\/em>, par les Amis r\u00e9unis \u00e0 l\u2019estaminet de Saint-Amand, sur l\u2019air du d\u00e9sespoir, sign\u00e9e Joseph Henri Lalau, non dat\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>17. A. Desrousseaux, \u00ab Le Voyage \u00e0 Dunkerque en train de plaisir \u00bb, dans <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em> (ci-apr\u00e8s O.C.), vol. 1, p. 126.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>18. <em>Chanson nouvelle<\/em> en patois de Lille, chant\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis r\u00e9unis au Grand Quinquin, air non indiqu\u00e9, sign\u00e9e Louis Longret, 1868.<\/p>\n\n\n\n<p>19. \u00ab Ches capons d\u2019fileurs \/ M\u2019appellent \u00e0 ch\u2019 teur \/ Eul\u2019 Moniteur \/ A caus\u2019 que j\u2019 sus in politique \/ L\u2019 pu \u00e9duquer d\u2019 tout Saint-Sauveur \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>20. <em>L\u2019Bochu Fran\u00e7os sur les affaires d\u2019Orient<\/em>, chanson nouvelle en patois de Lille, par la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis r\u00e9unis de la Libert\u00e9, sur l\u2019air de La foire de Lille, 1855.<\/p>\n\n\n\n<p>21. <em>D\u00e9part pour l\u2019Orient<\/em>, chanson nouvelle en patois de Lille, par la Soci\u00e9t\u00e9 du Bonnet, 18 f\u00e9vrier 1855.<\/p>\n\n\n\n<p>22. E. Weber,<em> La Fin des terroirs, la modernisation de la France rurale 1870- 1914<\/em>, Paris, Fayard, 1983, p. 290.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>23. <em>Chanson nouvelle<\/em> de la Soci\u00e9t\u00e9 de la Libert\u00e9, sur l\u2019air de la Cendrillon, 1852.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>24. <em>Le Voyage \u00e0 Paris<\/em>, des Enfants chinois, sur l\u2019air du \u00ab Voyage \u00e0 Dunkerque \u00bb, sign\u00e9e G. Bizard, 1867.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>25. <em>Chanson nouvelle<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 des Amis r\u00e9unis des petits couteaux, sign\u00e9e D.F., 1868.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>26. A. Desrousseaux, \u00ab Le Voyage \u00e0 Paris en train de plaisir \u00bb, dans O.C., vol. 1, p. 28.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>27. <em>Chanson nouvelle<\/em>, de la Soci\u00e9t\u00e9 du Grenadier lillois, sur l\u2019air : \u00ab Abd-el- Kader quoich\u2019 qu\u2019te pinse \u00bb (donc probablement post\u00e9rieure \u00e0 1848), anonyme, non dat\u00e9e.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>28. <em>Les Emigrants<\/em>, chanson de la Soci\u00e9t\u00e9 des Anti-\u00e9migrants, sur l\u2019air des Pious-pious d\u2019Auvergne, par Th\u00e9odore Cordonnier, 1889.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>29. Odile Roynette, <em>Bons pour le service, l\u2019exp\u00e9rience de la caserne en France \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle<\/em>, Paris, Belin, 2000, p. 29.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>30. <em>Le Petit chez les Zoulous<\/em>, chanson de la soci\u00e9t\u00e9 de la Raie mouchet\u00e9e, sur l\u2019air du Petit J\u00e9sus ou du Loup, par C. Brochet, 1880.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>31. Comme le sugg\u00e8re la chanson <em>Les Deux Cousins<\/em> mentionn\u00e9e ci-dessus.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>32. Laurent Marty, <em>op. cit.<\/em>, p. 182.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>33. \u00ab Lettre de Popold \u00e0 sa fianc\u00e9e Marie-Claire \u00bb, cit\u00e9e par Pierre Pierrard, <em>Chansons populaires de Lille sous le second Empire<\/em>, r\u00e9ed. 1998, p. 86.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>34. Desrousseaux, \u00ab Les Conscrits de l\u2019an 56 \u00bb, dans O.C. vol. 3 p. 5.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>35. <em>Campagne d\u2019Italie<\/em>, chanson nouvelle de la Soci\u00e9t\u00e9 de la Libert\u00e9, sur l\u2019air des Bonnes gens de Saint-Sauveur, par Edouard Pr\u00e9vos, 1860.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>36. <em>Un Lillois de retour du Tonkin<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 les Tonkinois, air du <em>Garchon d\u2019Lille<\/em>, sign\u00e9 H.D., 1886.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>37. Chanson manuscrite sur l\u2019air : <em>On n\u2019 ki pu dans les courettes<\/em>, sign\u00e9e Ben- Mohammed-Messaoud, pour une soci\u00e9t\u00e9 pr\u00e9nomm\u00e9e la Chechia, qui regroupe des anciens de divers corps d\u2019Afrique, 1906.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>38. Philippe Gumplowicz <em>Les Travaux d\u2019Orph\u00e9e, Deux si\u00e8cles de pratique musicale amateur en France (1820-2000)<\/em>, Paris, Aubier, 2e \u00e9dition 2001, p. 151 sqq. \u00ab Les voyageurs de l\u2019orph\u00e9on. \u00bb<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>39. Andr\u00e9 Lebon, <em>Petite histoire des soci\u00e9t\u00e9s de musique populaire dans le Nord de la France<\/em>, Escaudain, p. 29.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>40. P. Gumplowicz, <em>op. cit.<\/em>, p. 151.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>41. <em>Ibid<\/em>., p. 76.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>42. Andr\u00e9 Gaudefroy, <em>La Soci\u00e9t\u00e9 des orph\u00e9onistes lillois Crick-Mouils<\/em>, Lille, 1896.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>43. Desrousseaux, <em>L\u2019 Garchon Girotte au concours de Troyes<\/em>, sur l\u2019air : <em>Non, je n\u2019prendrai pas un mari<\/em>, dans O.C. vol. 1 p. 150.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>44. <em>\u00ab Mi, qui n\u2019avo\u2019, in fait d\u2019musique \/ Intindu qu\u2019des combats d\u2019pinchons\/<\/em> <em>J\u2019 craingnios qu\u2019pour \u00e9viter eun\u2019 trique \/ On n\u2019cr\u00e8ve les yeux d\u2019 ches bons<\/em> <em>garchons \u00bb<\/em><\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>45. Desrousseaux, <em>Les Crik-Mouls<\/em>, dans O.C. vol. 3 p. 132.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p>46. Desrousseaux, <em>La Rentr\u00e9e d\u2019un concours<\/em>, O.C. vol. 5 p. 24.<\/p>\n<\/blockquote>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-medium-font-size\"><strong>Corpus<\/strong><em> <\/em><\/h2>\n\n\n\n<p>(par ordre d\u2019auteur, et par ordre chronologique pour les petits formats)<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8211; Auteurs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><em>La Chanson de Gilles Dindin<\/em>, par le bibliophile art\u00e9sien, Saint-Omer, 1871.<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre Desrousseaux, <em>\u0152uvres compl\u00e8tes<\/em>, Lille, 1891-1895, 5 vol.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Voyage \u00e0 Paris en train de plaisir<\/em>, vol. 1, p. 28<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019 Garchon Girotte au concours de Troyes<\/em>, vol. 1, p. 150.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les Cricks-Mouls<\/em>, vol. 3, p. 132<em>.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon premier voyage \u00e0 Arras<\/em>, vol. 4, p. 59<\/p>\n\n\n\n<p><em>La Rentr\u00e9e d\u2019un concours<\/em>, pasquille, vol. 5 p. 24<\/p>\n\n\n\n<p><strong>&#8211; Petits-formats<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Chansons non dat\u00e9es :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em> en patois de Lille, soci\u00e9t\u00e9 des amis r\u00e9unis de la Libert\u00e9, Henri Delannoy, non dat\u00e9e, 44187.46.5<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em>, amis r\u00e9unis \u00e0 l\u2019estaminet de Saint-Amand, sur l\u2019air du d\u00e9sespoir, de Joseph Henri Lalau, non dat\u00e9e, 44187.61.10<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 du Grenadier lillois, sur l\u2019air : \u00ab Abd-el-Kader quoich\u2019 qu\u2019te pinse \u00bb, non dat\u00e9e, 44187.280.11<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 du Grenadier lillois, air non indiqu\u00e9, anonyme, 44187.280.15<\/p>\n\n\n\n<p>Chansons dat\u00e9es :<\/p>\n\n\n\n<p><em>Voyage de Lille \u00e0 Boulogne<\/em>, par un marchand d\u2019allumettes chimiques, soci\u00e9t\u00e9 du Grand Saint Esprit, sur l\u2019air : Veux-tu venir Catherine avec tes wigeaines, 1842, 44187.271.13<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em>, Amis r\u00e9unis \u00e0 Saint-Mathias, air de la polka, par un soci\u00e9taire, 1851, 44187.63.1<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 de la Libert\u00e9, air de la Cendrillon, f\u00e9vrier 1852, 44187.308.15<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Bochu Fran\u00e7os sur les affaires d\u2019Orient<\/em>, chanson nouvelle en patois de Lille chant\u00e9e par la Soci\u00e9t\u00e9 des amis r\u00e9unis de la Libert\u00e9, sur l\u2019air de La foire de Lille, 1855, 44187.46.4<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les Deux Cousins<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 des Bons-Enfants, air : \u00ab De moi ne soyez pas surpris si j\u2019am\u00e8ne ici ma ma\u00eetresse \u00bb, anonyme, 1858, 44187.127.9<\/p>\n\n\n\n<p><em>Campagne d\u2019Italie<\/em>, chanson nouvelle de la Soci\u00e9t\u00e9 de la Libert\u00e9, sur l\u2019air des Bonnes gens de Saint-Sauveur, par Edouard Pr\u00e9vos, 44186.1860.7<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un voyageur et son chien en chemin de fer<\/em>, chant\u00e9e par les Bons-Vivants de B\u00e2le en Suisse, sur l\u2019air de La Com\u00e9die gratis (de Desrousseaux), de Jean-Baptiste de la Barre, 1864, 44187.143.3<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Voyage \u00e0 Paris<\/em>, par les Enfants chinois, de G. Bizard, sur l\u2019air du Voyage \u00e0 Dunkerque, 1867, 44187.201.5<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 des amis r\u00e9unis des petits couteaux, sign\u00e9e D.F. , 44186. 1868.11<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson nouvelle<\/em> en patois de Lille, chant\u00e9e par la soci\u00e9t\u00e9 des amis r\u00e9unis au Grand Quinquin, 1868, de Louis Longret, air non indiqu\u00e9, 44187.44.4<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Chemin de fer parisien<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 des Amis r\u00e9unis, sur l\u2019air : \u00ab Courez filles et garchons \u00bb, de Victor Bloum, 1877, 44187.43.2<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le Petit chez les Zoulous<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 de la Raie mouchet\u00e9e, sur l\u2019air du Petit J\u00e9sus ou du Loup, par C. Brochet, 44186.1880.28<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019 voyage d\u2019 Petit-Pierre<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 des francs-Lillois, D\u00e9sir\u00e9 Fleurquin, 44186.1875.22<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Voyage d\u2019tros carpintiers<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 du cheval d\u2019osier, Th\u00e9odore Cordonnier, sur l\u2019air du verglas, 1878, 44187.364.1<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Lillois de retour du Tonkin<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 les Tonkinois, air du Garchon d\u2019Lille, sign\u00e9 H.D., 44186.1886.18<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Voyage \u00e0 Paris<\/em>, r\u00e9union des ruines, Jean Derose, 44186.1886.29<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les \u00c9migrants<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 des anti-\u00e9migrants, Th\u00e9odore Cordonnnier, 44186.1889.12<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Voyage d\u2019agr\u00e9mint<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 les courtes pipes, Vitor Laga, 44186.1891.27<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Voyage \u00e0 Dunkerque<\/em>, soci\u00e9t\u00e9 des rouges-nez, sur l\u2019ari de : \u00ab Tout mince \u00bb ou \u00ab Je le conserve pour ma femme \u00bb, par H. Fournier, 44186.1898.28<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Voyage d\u2019agr\u00e9ment<\/em>, par les coqueleux de Ronchin, soci\u00e9t\u00e9 des sans piti\u00e9, sur l\u2019air du \u00ab Petit Quinquin \u00bb, sign\u00e9 C\u00e9sar Latulupe, 44186.1898.29<\/p>\n\n\n\n<p><em>Un Voyache au Java<\/em>, amis r\u00e9unis chez Jean Pieu, sur l\u2019air des Pochards de la Glaci\u00e8re, par Achille Broutin, 44186.1899.31<\/p>\n\n\n\n<p><em>Chanson manuscrite<\/em>, sur l\u2019air : \u00ab On n\u2019 ki pu dans les courettes \u00bb, sign\u00e9e Ben-Mohammed-Messaoud, 44186.1906.24,<\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u2019Voyache de Louis Longpif<\/em>, manuscrit anonyme, musique not\u00e9e, 44186.1906.45.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Introduction : le voyage dans les chansons en patois de Lille \u00ab Voyage d\u2019affaires \u00bb, \u00ab voyage de tourisme \u00bb, \u00ab voyage organis\u00e9 \u00bb \u2026 la multiplication des expressions relatives au voyage au XIXe si\u00e8cle montre que c\u2019est alors qu\u2019il devient ce que nous appelons ainsi. 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